Ginkgo biloba : planter et cultiver l'arbre aux 40 écus

Le ginkgo biloba est un arbre fossile vivant vieux de 270 millions d'années, célèbre pour ses feuilles en éventail qui virent à l'or flamboyant en automne. Extraordinairement résistant à la pollution, aux maladies et aux grands froids, il s'impose comme l'un des arbres les plus remarquables des jardins de collection.

Parmi tous les arbres que l'on peut planter dans un jardin de collection ou un arboretum, rares sont ceux qui suscitent autant de fascination que le ginkgo biloba. Surnommé l'arbre aux quarante écus — une allusion au prix exorbitant que la France payait autrefois pour ses premières graines venues de Chine —, cet arbre unique en son genre traverse les millénaires avec une impassibilité absolue. Il a survécu aux dinosaures, aux glaciations et à l'explosion atomique d'Hiroshima. Aujourd'hui, il orne avec élégance nos allées, nos parcs et nos jardins de collection, offrant chaque automne un spectacle de lumière inégalé lorsque ses feuilles en éventail s'embrasent d'un jaune d'or intense.

Ce guide pratique vous accompagne pas à pas dans la plantation et la culture du ginkgo biloba au jardin : choix du sol et de l'exposition, entretien tout au long de l'année, sélection des meilleures variétés ornementales, et conseils pour éviter les quelques pièges que réserve cette espèce hors du commun.

Le ginkgo biloba, un fossile vivant

Le ginkgo biloba (ou Ginkgo biloba L.) est le seul représentant survivant de l'ordre des Ginkgoales, un groupe végétal apparu il y a environ 270 millions d'années, à l'ère permienne. Ses ancêtres côtoyaient les fougères arborescentes bien avant l'apparition des dinosaures. C'est ce qui fait de lui un véritable fossile vivant : sa morphologie a si peu évolué que les feuilles retrouvées dans des sédiments du Jurassique sont quasi identiques à celles que l'on peut cueillir aujourd'hui dans un jardin botanique.

L'espèce doit sa survie aux moines bouddhistes et taoïstes d'Asie de l'Est, qui cultivaient ces arbres dans l'enceinte de leurs temples pendant que la plante disparaissait de l'état sauvage. Les spécimens les plus anciens, conservés dans des monastères chinois, sont estimés à plus de 3 000 ans. En Corée et au Japon, certains ginkgos sacrés dépassent les 1 000 ans d'âge et affichent des troncs monumentaux dont la circonférence frôle les dix mètres.

Ce passé géologique lui confère une robustesse sans égale. Le ginkgo résiste aux agents pathogènes fongiques, aux insectes ravageurs, à la sécheresse prolongée et à la pollution atmosphérique urbaine. Des arbres plantés à Tokyo au XIXe siècle ont traversé le bombardement de 1945 pratiquement sans dommages. Cette capacité de résilience en fait un choix de premier ordre pour les jardins de collection et les plantations urbaines.

Plantation du ginkgo biloba

Exposition et sol

Le ginkgo biloba est un arbre de plein soleil. Pour exprimer tout son potentiel décoratif et développer une belle charpente, il a besoin d'au moins six heures d'ensoleillement direct par jour. Dans un jardin à mi-ombre, sa croissance ralentit encore davantage et la coloration automnale perd de son intensité. Plantez-le à l'écart de grands arbres qui pourraient lui faire concurrence pour la lumière.

Concernant le sol, le ginkgo se montre étonnamment peu exigeant. Il s'adapte à la plupart des terres de jardin, qu'elles soient argileuses, limoneuses ou sableuses, à condition que le drainage soit satisfaisant. Il supporte des pH allant de légèrement acide (5,5) à modérément alcalin (7,5), ce qui le rend compatible avec la grande majorité des jardins français. Il tolère même les sols compactés et pauvres typiques des milieux urbains — un avantage décisif pour les collectionneurs qui disposent d'un sol difficile à amender.

Évitez toutefois les zones inondables ou les secteurs où l'eau stagne durablement en hiver : un sol gorgé d'eau en période de gel peut fragiliser les jeunes racines et provoquer des pourritures du collet.

Période de plantation

La meilleure période pour planter un ginkgo biloba acheté en conteneur est le printemps, entre mars et mai, lorsque les gelées nocturnes s'estompent et que le sol commence à se réchauffer. La plantation automnale (septembre-octobre) est également possible et présente l'avantage de permettre un enracinement tranquille avant l'hiver, mais elle est déconseillée dans les régions où les hivers sont rigoureux.

Pour la mise en place, creusez un trou de plantation deux fois plus large que la motte et d'une profondeur légèrement supérieure. Incorporez dans la terre extraite une bonne poignée de compost mature pour stimuler les premiers mois de croissance. Placez le sujet de façon à ce que le collet affleure légèrement le niveau du sol, jamais enterré. Arrosez copieusement à la plantation pour chasser les poches d'air autour des racines, puis posez un paillis organique de 5 à 8 cm d'épaisseur autour du tronc (sans le toucher) afin de conserver l'humidité du sol et de limiter la concurrence des adventices.

Entretien et croissance

Un arbre lent mais tenace

La croissance du ginkgo biloba est l'un de ses traits les plus caractéristiques : elle est lente pendant les premières années, souvent décevante pour qui s'attend à voir l'arbre s'élancer rapidement. Comptez 20 à 30 cm par an en moyenne durant la phase d'établissement, soit les cinq à dix premières années. Passé ce cap, la croissance s'accélère nettement pour atteindre 40 à 60 cm annuels dans de bonnes conditions, et l'arbre peut dépasser 20 à 30 mètres à maturité dans les jardins ouverts.

Cette lenteur est le prix à payer pour l'une des longévités les plus impressionnantes du règne végétal. Un ginkgo planté aujourd'hui dans votre jardin pourrait encore ombrer les arrière-petits-enfants de vos arrière-petits-enfants.

Arrosage

Une fois bien établi (après deux ou trois saisons), le ginkgo supporte des périodes de sécheresse prolongée sans signe de souffrance notable. Pendant les deux premières années, des arrosages réguliers en été — environ une à deux fois par semaine en l'absence de pluie — sont néanmoins nécessaires pour assurer un bon enracinement. Les jeunes sujets en pot demandent une surveillance plus attentive, car le substrat se dessèche beaucoup plus rapidement qu'en pleine terre.

Taille et fertilisation

Le ginkgo n'exige pratiquement aucune taille. Sa structure naturelle, étagée et pyramidale dans la jeunesse puis plus irrégulière avec l'âge, est déjà architecturée de façon très décorative. On se contentera de supprimer les branches mortes ou croisées à l'intérieur de la couronne, de préférence en fin d'hiver avant le débourrement. Une taille sévère n'est ni nécessaire ni recommandée : elle dénature la silhouette et retarde inutilement la croissance.

En matière de fertilisation, un apport annuel de compost déposé en surface autour du pied au printemps suffit amplement. Les engrais minéraux riches en azote sont à éviter car ils favorisent une croissance herbacée au détriment de la solidité du bois.

Mâle ou femelle ?

Le ginkgo biloba est une espèce dioïque, c'est-à-dire que les pieds mâles et femelles sont distincts. Cette particularité est cruciale au moment de l'achat car elle conditionne directement l'agrément de votre jardin.

Les arbres femelles produisent, à l'automne, des ovules charnus d'un jaune orangé, de la taille d'une petite prune. À maturité, leur enveloppe externe se décompose et dégage une odeur franchement désagréable — souvent comparée à celle du beurre rance ou du vomi — due à la présence d'acide butyrique. Dans un jardin privé, ou pire sur un trottoir, la chute massive de ces ovules devient une véritable nuisance olfactive et un risque glissant sous les semelles.

La solution est simple : choisissez systématiquement un sujet mâle greffé dont le sexe est garanti. Les pépinières spécialisées proposent des variétés mâles certifiées, notamment parmi les cultivars ornementaux. Un arbre issu de semis, en revanche, ne révèle son sexe qu'après quinze à vingt ans, ce qui rend l'attente risquée. Les variétés nommées ci-dessous sont pour la plupart des mâles greffés.

Culture en pot et en bonsaï

La culture du ginkgo biloba en pot ou en bonsaï est tout à fait accessible et permet d'intégrer cet arbre remarquable dans des espaces réduits — terrasses, patios ou balcons bien exposés. En collection de plantes rares, le ginkgo en bac est très apprécié pour la richesse de son feuillage et la délicatesse de ses formes.

Pour une culture en conteneur, choisissez un pot large et profond (minimum 50 cm dans chaque dimension), percé de trous de drainage, et remplissez-le d'un substrat léger mêlant terreau horticole, sable grossier et un peu de pouzzolane pour assurer une bonne aération racinaire. Rempotez tous les deux à trois ans au printemps, en taillant légèrement les racines pour contenir le volume. En été, le pot peut chauffer rapidement : protégez-le de la surchauffe en le plaçant dans un cache-pot ou en l'entourant d'un isolant naturel.

En bonsaï, le ginkgo se travaille selon les techniques classiques : fil de cuivre ou d'aluminium appliqué en dehors de la période de végétation, pincement des pousses nouvelles au printemps, et rempotage tous les deux ans. Ses feuilles en éventail, réduites au fil des années, deviennent miniatures et extraordinairement graphiques. Les styles les plus courants sont le chokkan (droit formel) et le moyogi (droit informel).

Variétés ornementales

La sélection horticole du ginkgo biloba a produit de nombreux cultivars présentant des ports, des tailles et des textures foliaires variés. Voici les plus intéressants pour les jardins de collection et les collections d'arbres rares.

Principales caractéristiques et variétés ornementales du ginkgo biloba
Variété / Cultivar Port Hauteur adulte Particularité
Ginkgo biloba (espèce type) Pyramidal, puis étalé 20–30 m Feuilles en éventail, jaune d'or en automne
'Fastigiata' Strictement columnaire 10–15 m Idéal pour les allées et les petits espaces ; mâle
'Mariken' Pleureur compact, nain 1–2 m (greffé sur tige) Excellent en potée ou en bac sur terrasse ; retombant
'Tit' Buissonnant très compact 1–1,5 m Petites feuilles denses, idéal pour bonsaï ou rocaille
'Autumn Gold' Symétrique, vase 8–10 m Coloration automnale précoce et très intense ; mâle
'Saratoga' Ovale, dense 10–12 m Port plus compact que l'espèce type ; mâle certifié

Le ginkgo au jardin et en arboretum

Dans un grand jardin ou un arboretum, le ginkgo biloba en port libre trouve sa place comme arbre solitaire en vedette, planté sur une pelouse dégagée où sa silhouette imposante peut se lire sur 360 degrés. Il est particulièrement saisissant lorsqu'on l'associe à des conifères à feuillage persistant (épicéas, sapins, thuyas) qui mettent en valeur l'explosion dorée de ses feuilles caduques en octobre-novembre.

Dans un jardin plus modeste, les cultivars colonaires comme 'Fastigiata' s'intègrent parfaitement en haie architecturée ou en double allée, créant des corridors végétaux spectaculaires sans empiéter sur les espaces voisins. Les variétés naines comme 'Mariken' ou 'Tit' conviennent aux jardins de rocaille ou aux collections alpines, où leur port sculpté et leur texture foliaire originale créent un contraste saisissant avec les plantes couvre-sol.

Pour les amateurs de jardins botaniques et d'arboretums thématiques, associer le ginkgo à d'autres reliques botaniques — comme les metasequoias, les sequoias, les taxodiums ou les cyprès chauves — permet de reconstituer un jardin à l'atmosphère jurassique, évocateur des forêts qui couvraient la planète il y a des millions d'années.

En zone urbaine ou périurbaine, la tolérance du ginkgo à la pollution et aux sols dégradés en fait un candidat idéal pour les allées de boulevard ou les parkings paysagers. Sa résistance aux maladies cryptogamiques et aux insectes ravageurs signifie également qu'il ne nécessite aucun traitement phytosanitaire une fois bien établi — un avantage considérable dans la perspective d'une gestion raisonnée du jardin.

Questions fréquentes

Quelle est la croissance annuelle du ginkgo biloba ?

La croissance est lente en début de vie : comptez 20 à 30 cm par an durant les cinq premières années. Une fois l'arbre bien enraciné, elle s'accélère pour atteindre 40 à 60 cm par an dans de bonnes conditions d'exposition et de sol. À l'échelle d'une vie humaine, un ginkgo planté jeune peut aisément dépasser 10 à 15 mètres de haut.

Le ginkgo biloba résiste-t-il au froid ?

Oui, c'est l'un de ses grands atouts. Le ginkgo est rustique jusqu'à −30 °C environ (zone USDA 4), ce qui signifie qu'il supporte sans dommage les hivers les plus rigoureux de la France métropolitaine, y compris dans les zones de montagne. Les jeunes sujets en pot sont légèrement plus sensibles au gel des racines : rentrez-les à l'abri d'une bâche hivernale ou d'un voile d'hivernage les deux premières années.

Peut-on cultiver un ginkgo biloba en pot sur une terrasse ?

Tout à fait. Les cultivars nains comme 'Mariken' ou 'Tit' sont particulièrement adaptés à la culture en conteneur. Choisissez un pot de grande contenance (50 cm minimum), utilisez un substrat bien drainant, arrosez régulièrement en été et rempotez tous les deux à trois ans. L'arbre perdra ses feuilles en hiver comme en pleine terre — c'est un phénomène tout à fait normal qui ne doit pas inquiéter.

Pourquoi certains ginkgos dégagent-ils une mauvaise odeur à l'automne ?

L'odeur nauséabonde provient des ovules des sujets femelles, dont l'enveloppe charnue libère de l'acide butyrique en se décomposant après la chute. Les arbres mâles, eux, ne produisent que du pollen au printemps et aucune structure charnue — ils sont donc totalement inodores. Pour éviter tout désagrément, il suffit d'acheter un cultivar mâle certifié chez un pépiniériste spécialisé, comme c'est le cas pour la quasi-totalité des variétés ornementales nommées.